La Fed s’apprête donc à faire en 6 mois ce qu’elle avait mis 4 ans à faire lors de la dernière phase de normalisation monétaire (de fin 2013, début du tapering, à fin 2018, début de la réduction du bilan), même si la situation est, bien entendu, différente ne serait-ce qu’au niveau de la lutte contre l’inflation. Si Jerome Powell, lors de son audition devant la Sénat, est revenu à un ton plus accommodant que ne le laissaient entendre les dernières minutes du FOMC, la sortie de plusieurs membres de Fed régionales dans la même semaine ne laisse que peu de doute sur la force du resserrement à venir. James Bullard, Président de la Fed de Saint Louis, considère ainsi qu’il y aura « peut-être besoin d’aller jusqu’à quatre hausses en 2022 », tout en militant pour une réduction du bilan de la Fed dès le printemps. Idem pour Loretta Mester, Présidente de la Fed de Cleveland, qui considère que le début du Quantitative Tightening doit démarrer « aussi rapidement que possible ». La Fed devrait donc rapidement passer de la discussion à l’action sur la réduction de la taille de son bilan, qui dépasse désormais 35% du PIB américain (contre moins de 20% avant la crise). Cette réduction devrait même être plus rapide que lors des phases précédentes. Raphael Bostic, Président de la Fed d’Atlanta (mais membre non-votant du FOMC), estime par exemple nécessaire une réponse plus « agressive » de la Fed pour lutter contre l’inflation avec une réduction de la taille du bilan de la banque centrale d’au moins 100 milliards de dollars par mois pour rapidement purger 1 500 milliards de dollars d’excès de liquidités.
La publication, la semaine dernière, de plusieurs chiffres macroéconomiques outre-Atlantique est d’ailleurs venue conforter les déclarations des membres les plus hawkish. Ainsi, l’inflation sur le mois de décembre progresse, une nouvelle fois, de 0.6%, ce qui porte la hausse sur un an à +7%, en ligne avec les attentes. L’indice de confiance de l’université du Michigan est lui quasiment ressorti sur des plus bas de 10 ans avec une inflation anticipée par les américains sur longue période sur les plus hauts de 2011 (cf. graphique de la semaine).
La Fed devra donc réussir à normaliser l’inflation tout en préservant la croissance, qui fait face à court terme à la résurgence de l’épidémie (via le variant Omicron) et aux problématiques sur l’offre comme en témoignent les baisses de la production industrielle et des ventes au détail pour le mois décembre. Encore une fois, le jeu d’équilibriste s’annonce difficile, notamment lorsque l’on demande au funambule d’accélérer le rythme…
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