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Pays émergents : quelle trajectoire de croissance dans le monde d’après ?

La pandémie du Covid-19 a interrompu l’essor des économies émergentes. Le choc a été rude, provoquant des récessions violentes et inédites. Si la plupart ont retrouvé aujourd’hui leur niveau d’avant-crise, leur trajectoire de développement future interroge. Quel sera le « nouveau monde » des pays émergents ? Connaîtront-ils le même essor que dans les années 2000 ou la crise a tout simplement marqué la fin d’un cycle ?

1/ La crise a accéléré le besoin de réajuster le modèle économique traditionnel des pays émergents

Comme souvent, les grandes ruptures sont des accélérateurs de tendances. Nous avons identifié trois grands axes qui définiront le contour du « nouveau monde » des pays émergents.

Le premier axe concerne l’avenir de la mondialisation. Dans les deux dernières décennies, celle-ci s’est amplifiée grâce à la mise en place des chaînes de valeur, nombreuses et étendues. Le phénomène a profité à beaucoup de pays émergents, et notamment les économies asiatiques (la Chine en tête). La crise sanitaire a conduit à prendre conscience de cette sur-dépendance. Certes, les chaînes de valeur ne vont pas disparaître car leur intérêt économique demeure considérable. Toutefois, leur dynamique va changer, notamment à travers deux modalités : diversification des sources d’approvisionnement d’une part, et relocalisation des capacités de production au plus près des lieux de consommation, d’autre part. Ce nouveau contexte, auquel s’ajoute une automatisation de l’industrie qui réduit les bénéfices de la délocalisation dans les pays à bas coût de main-d’œuvre, pourrait considérablement ralentir le développement des pays émergents.

Le deuxième axe concerne la gestion de la remontée des inégalités et de la pauvreté. Selon la Banque Mondiale, la crise sanitaire a fait basculer au moins 71 millions de personnes dans l’extrême pauvreté en 2020 (c’est-à-dire sous le seuil international de 1,90 dollar par jour). L’Asie du Sud, en particulier l’Inde, a enregistré la plus forte hausse du nombre de pauvres. Trois éléments expliquent cette situation. Premièrement, la pandémie a laissé des séquelles graves et durables sur le marché du travail souvent dominé par l’emploi précaire et informel. Deuxièmement, elle a interrompu l’éducation de nombreux enfants notamment des familles vulnérables, accentuant les déficits d’apprentissage dangereux pour la productivité et les revenus futurs. Enfin, les amortisseurs sociaux sont faibles pour freiner la progression des inégalités et de la pauvreté. En effet, les dépenses sociales sont généralement beaucoup plus faibles dans les pays émergents que dans les pays de l’OCDE. En particulier, leur couverture des programmes contributifs d’assurance sociale est limitée (en particulier en Chine, en Asie du Sud comme l’Inde ou encore en Afrique du Sud) tandis que la couverture de l’indemnisation du chômage est quasi absente dans tous les pays.

Le dernier axe concerne la situation financière des pays émergents. La pandémie a accentué leurs besoins de financement, alourdissant leur dette à un moment où ils auront besoin pour faire face aux grands défis de long terme (transitions écologique, numérique, stratégique, etc.). Selon la Banque Internationale des Règlements, la dette des pays émergents a atteint un nouveau record, à 230 trillions de dollars fin 2021 (soit 264 % du PIB, 18 points de plus par rapport à fin 2019). L’endettement public a fortement augmenté, tandis que la dette privée comporte désormais une part significative et croissante en devises étrangères. La situation alimente le risque de sorties massives de capitaux étrangers, surtout dans un contexte où les banques centrales des pays développés sont amenées à resserrer sévèrement leur politique monétaire pour lutter contre l’inflation. Elle concerne en premier lieu les pays d’Amérique latine et d’Europe centrale et orientale.

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